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25 septembre 2010 6 25 /09 /septembre /2010 11:06

Je fais suite à vos très nombreux SMS reçus pendant le TOR des Geants, et veux vous en remercier chaleureusement. Je n’ai pas répondu à tous en live pour trois raisons :

  • lorsque je récupérais du réseau il m’est arrivé de recevoir jusqu’à 18 sms d’affilée
  • répondre sur un petit clavier demande de l’attention, impliquant gamelle et inattention sur le
  • balisage (pas de téléphone au volant on a dit)
  • je tiens à vous livrer mes impressions dans un format moins réduit que celui du sms . Les
  • voici…

Je me suis inscrit au Tor au mois de février. Cette idée avait germé peu après la Petite Trotte à Léon l’an dernier lorsque Morpheus, un Céleste, m’avait informé de cette nouvelle course en Italie. 330km et 24 000 de déniv’, un beau gâteau pour coureur gourmand… la germination fut donc de type rapide. Passée l’inscription, restait la prépa que j’envisageais comme d’hab : une pratique régulière en VTT, trail, ski de rando, un peu de spécifique pour dire et des sorties montagne ou nature à l’occasion. Les premières courses de la saison me laissaient de mauvaises impressions sur ma condition : trail des Lucioles à Soiron, Verticausse à Millau et piste des Sangliers à Houffalize où j’abandonnais. Un évènement venait perturber le programme : une mutation à Paris à partir de début juin. Et vas-y pour les sorties nature. Je faisais donc appel à Alain Roche, sur les conseils de Mike inscrit également tardivement sur le Tor, pour me proposer des plans d’entraînement. Ceux-ci me fixaient un cadre, me forçaient à sortir et me conduisaient sur une prépa plus scientifique que ce que je n’ai jamais fait avec des exercices très intensifs sur à peu près toutes les séances. Je me suis donc entraîné dans les Jardins du Luxembourg (un très joli tour d’un petit 10’) et en salle de fitness sur vélo elliptique (avec le bandeau et le collant turquoise en regardant la téloche). La prépa sérieuse commençait donc vers mi juin pour se terminer la semaine précédent la course, avec des conseils diet béton. J’invite tout ceux que ça intéresse à consulter le site de Alain : http://diet-sport-coach.e-monsite.com/ A quelques jours de la course me restaient de grosses inquiétudes sur une fatigue musculaire ressentie et sur le manque de sortie longue et de déniv.

Je vous passe la prépa du matériel, le départ à l’arrache le samedi précédant la course de Millau.

 

tor1J’arrive donc au gîte Monte Bianco dans le Val Veny, réservé par Isa Ost pour le groupe des Célestes. Bonne ambiance, on se marre bien, et personne ne sait vers où il va demain… Demain c’est dimanche 12 septembre 2010, départ de la plus grosse distance jamais entreprise pour ma part. Le départ est fixé à 10h, à quoi bon se taper un départ à 4h du mat’, on va quand même y passer plusieurs nuits.

Merci l’organisation. Toujours est-il à 9h15 je cours après le camion pour déposer le sac que nous retrouverons sur les 6 bases vie tout au long du parcours, et je finis de préparer mon sac de course devant Mike et Yvan qui trépignent. On se rassemble sur l’aire de départ, on scanne le bracelet électronique qui nous identifiera sur chacun des points de contrôle. Quelques photos, bonjour aux connaissances puis départ sous le soleil et avec une programmation musicale moins gnangnan que sur certaines autres grosses courses. Les Célestes sont très stratégiquement placés en toute fin de peloton…500 places dispos, 365 inscrits, 305 au départ. Déjà un air de sélectivité. Que les choses soient claires on n’est pas ici pour enfiler des perles donc le premier col nous emmène 1350m + haut en 8km. C’est une bonne mise en bouche et ça fixe les idées, ça sera le tarif de base pour les jours à venir. Le peloton est serré, on sait que ça ne durera pas et c’est tant mieux : vite se retrouver seul ou par petits groupes de niveaux. Cette foule ne colle pas avec ce qu’on a envie de vivre. Mais on a le temps, on profite du rythme lent et on fait risette à l’hélico. Je suis parti avec Mike et Yvan, l’oeil sur le cardio pour ne pas m’emballer. Descente souple jusqu’au premier ravito sérieux à La Thuile.tor12 Yvan est parti, il paraissait facile. Bonne surprise on trouve bonnes charcut’ (genre viande des grisons), fromage, pains, … On repart avec Mike toujours au cardio pour le second col. Et le cardio s’enflamme. Merde pas moyen de le faire taire dès qu’on amorce un bout de pente. Si. L’éteindre, voili voilou… Inquiétude, je retrouve les douleurs aux jambes que j’avais ressentie lors de ma dernière sortie longue à Millau. Si je suis scotché comme ça après 4h, je risque de trouver le temps long. L’ascension nous emmène au refuge Deffeyes puis au col du Haut Pas où nous étions passé l’an dernier à la PTL avec Arnaud et Vince sous la pluie. J’identifie l’endroit exact où nous nous étions arrêtés pour une petite pause où Vince nous avait sorti ses petits saucissons et où nous scrutions la plaine en contrebas à la recherche de poursuivants. Les sensations reviennent en tout cas.

Plus j’avance et mieux je me sens. On bascule sur Promoud par une belle descente technique puis paf, le troisième morceau du jour : Col de Crosatie 800m +. Une jolie approche en sous bois puis nous découvrons une longue pente qui nous emmène sur une superbe crête aérienne que nous escaladons pour accéder au col. C’est raide, il y a un peu de gaz mais c’est bien sécurisé, la lumière commence à changer et là haut ça pèle. Quelques photos et on bascule. Jolie descente, toujours souple, vers un petit lac d’altitude puis point d’eau à Planaval et joli faux plat montant le long d’un ruisseau pour accéder à la nuit à la première base vie : Valgrisenche. L’approche est super bien balisée, les portions de route sont protégées par un couloir de cônes, les automobilistes que nous croisons nous encouragent. Tout à l’air d’être tourné vers la course.

Arrivés à la base vie on hallucine carrément de l’accueil, et il faudra nous y faire : passé le scan, je m’apprête à aller chercher mon sac, ils sont tous rangés par numéro. Non non ! Un bénévole m’attend déjà à la sortie du tor2chapiteau avec le sac et m’accompagne vers l’intérieur de la base. D’escaliers en couloirs nous aboutissons dans une chambre où nous pouvons nous changer et dormir. Un bénévole nous a guidé à chacun des carrefours. Repas en bas (pasta, bouillon, …), on croise Yvan qui repart, puis Alone qui arrive. C’est l’épisode des Visiteurs par les Inconnus. Je tourne la tête à la recherche d’un TUC, un bénévole est là : « Bijor Missieu Vinçon, vous voulez un TUC ? ». Cariole nous a rejoint et Mike décide de se poser un moment. Moi je choisis l’option sieste de 20’ avant d’attaquer la nuit.

On m’emmène dans une chambre indiv’, je me couche avec mon sac prêt à côté du lit, et programme mon réveil en essayant de me calmer. 48km, 4 000m+ et 3 600m- parcourus.

Dans les 5’ je descends les escaliers 4 à 4, « Non pas dodo, grimper, vite ! » Ci ciao Valgrisenche. Je sors de la base 65e, et j’attaque la nuit dans une euphorie totale. Je décompte les places au fur et à mesure où je passe des coureurs (quel gros naze, m’enflammer sur mon classement après 50 bornes).

Il commence à pleuvoir à fines gouttes. Stop rapide au refuge Chalet de l’Epée. Un groupe de 6 ou 7 italiens en sort. Lorsque je sors à mon tour je les trouve hésitant au milieu du chemin. What’s the problem ? – It’s raining. – Yes, but we’re not made of sugar! Je passe au travers du groupe en t shirt, c’est vrai que ça tombe àtor3 l’horizontale, avec un sale vent. Le groupe finit par m’emboîter le pas en direction du col Fenêtre de Torrent à 2875m. Ca commence à peler quand même sévère et j’enfile rapidos mon coupe vent. Arrivé au col je ne demande pas mon reste et j’enchaîne sur une très belle descente pas technique avec des frontales en vue plus bas. Arrivée à Rhemes Notre Dame, ravito, je pointe 35e je crois et retrouve Yvan qui avait choisi l’option slow motion pour la nuit. Je suis comme un fou et il décide de prendre le train. Suit le Col Entrelor à 3000m. Je ne me souviens plus de l’ascension mais à cette altitude là il ne pleut plus il neige. Ca meule. On passe le col et surprise, en contrebas un bivouac est équipé d’un groupe électro et d’un projo halogène pointé sur la descente. C’est pas pratique parce qu’on est ébloui mais on salue la qualité de l’organisation qui se paie un hélico pour aller dropper le matos pour la sécurité et du ravitaillement à cette altitude. Un gars assure la permanence. Il semble équipé pour camper 3 mois sur le Mont Blanc. Descente sur Eaux Rousses après une hésitation sur l’itinéraire : le chemin est balisé par des petits fanions jaunes que vous verrez sur les photos. Petit piquet, petit fanion jaune TdG, petit autocollant réfléchissant. No problem de jour et c’est mieux encore la nuit. On distingue des points lumineux qui pètent dans la montagne à tor14des centaines de mètres. Oui mais les vaches bouffent le petit fanion jaune. Du coup parfois ils manquent parce que forcément elle ne prennent pas soin de replanter le piquet avec le réfléchissant (c’est juste des vaches). Toujours est il on vous déconseille le fromage du Val d’Aoste pour les quelques semaines à venir. Ravito Eaux Rousses, on stoppe pour 20’ de sommeil (Yvan en voudraient plus). Les bénévoles nous emmènent dans une chambre d’hôtel. C’est un minimum.

 

Réveil et longue ascension vers le point le plus haut de la course : Col Loson à 3300m. Le début est doux et régulier dans les bois, c’est toujours la nuit. Un moment j’aperçois devant un coureur à la démarche un peu lente, et qui paraît lourdement chargé. Merde c’est Luka ! Bises célestes et franche accolade. Ce gars est parti samedi matin pour un TdG en autonomie, hors organisation. Décidé la semaine précédente pour une reprise après deux années sans courir… Ceux qui l’ont vu partir de Courmayeur m’ont raconté qu’il était parti avec un sac de course en main. Toujours est il est là et paraît décidé, mais je vois que c’est dur. Je lui conseille de profiter quand même de la structure et des ravitos, les gens sont tellement sympas. Je lui souhaite bonne route et nous reprenons notre rythme. Nous prenons pied sur l’entré d’un vallon au niveau d’un petit refuge (Levionaz Inferiore, km 82 environ) et rencontrons un genre de gardien du parc. L’endroit est magnifique et je regrette de ne pas avoir emporté mon appareil pour la nuit : le soleil se lève. Ce refuge se trouve juste au-dessus des pentes de la vallée principale et fait face au versant que nous venons de descendre. Nous apercevons les frontales de gars qui sont en train de le descendre, ainsi que le halo du spot au bivouac. Tout ça est déjà loin… Hop Col Loson. Le soleil se lève mais du mauvais côté, on reste dans l’ombre. A 3300m ça a son importance. Il fait vraiment froid et malgré les gants je ne sens plus mes doigts. Le sol esttor4 poudré de neige et ça tient donc il gèle. Au col c’est « Wow » : soleil donc +15°, une vue magnifique sur des versant couverts de blanc, une lumière terrible. Un photographe du mag Endurance est là et nous shoote (Ouais on dit « nous shoote). J’espère qu’on aura les photos, Yvan le connaît. Suit une très belle descente, ravito puis base vie de Cogne km 100 environ. C’est très beau. Il y a une qualité architecturale, une propreté et un soin qui peuvent trancher avec l’idée bordélique qu’on peut avoir de l’Italie méridionale. J’invite chacun à aller y faire un tour. Pas seulement pour les randos un peu engagées mais aussi pour les vallées qui valent le coup. Je ne sais plus quelle heure il est quand on arrive à cet endroit mais il fait chaud. Il arrive un moment où l’unité de temps n’est plus l’heure mais la centaine de mètres de dénivelé. On ne sait plus exactement où on en est. On essaie de profiter des heures de jour pour la chaleur et la luminosité qui nous donnent de l’énergie, mais on part de toute façon d’une base vie avec ce qu’il faut pour passer une nuit dehors. Il faut parfois 5 heures pour parcourir 15km. Donc à Cogne il fait chaud et j’en profite pour faire sécher ce qui a pris le jus.

Première douche, pasta et deuxième sieste de 20’. On repart sur une portion vachement plate qui permet de tor5se chauffer puis on entre dans ce que je considère comme la partie la plus intéressante de la course : moins haute et minérale mais plus variée et riche en végétation. On part pour une section de 47 km, pas trop de déniv + (2000) mais 3 300 à descendre. Belle portion en moyenne montagne dans les sous bois puis un refuge dans un décor défiguré par des lignes hautes tensions, dommage.

Suit le col Fenêtre de Champorcher et une longue descente qui doit nous mener à Donnas, 3e base vie, au bout de 30km et 3000m à descendre. Je prévois de dormir un moment au ravito de Champorcher avant d’attaquer la deuxième nuit mais le ravito est juste extérieur et il n’y a rien pour se coucher. Dehors ça commence à cailler donc pas possible de siester sur le bord du chemin. Tant pis j’attendrai Donnas. Et là c’est le drame. Une petite douleur à l’arrière du genoux gauche est de plus en plus présente. Je ne sais pas de quel muscle il s’agit mais si vous faire la chaise contre un mur, il est vachement saillant sous la cuisse, il semble bloquer cette position. Et bien ce con de muscle il commence à devenir vachement douloureux au niveau de l’insertion vers le genou. Forcément il a beaucoup travaillé à la descente, peut être mal. Toujours est-il il fait mal maintenant à la descente et quand je dois trotter puisque dans la foulée, il y a un moment où il étendu et où il et douloureux aussi. Je le gère donc comme je peux, par des foulées désarticulées et me traîne comme je peux. La descente est technique et pénible dans le noir avec la fatigue qui arrive. Arrivé en bas, on se tape de la grimpette sans tor6exactement savoir à quoi ça sert puisqu’on sait qu’on descend au point le plus bas de la course : Donnas à 300m d’altitude. C’est de plus en plus douloureux et à Hone (la ville qui précède Donnas) je m’assois par terre pour me masser (la jambe). Des italiens super sympas qui attendent un concurrent se pressent autour de moi à 6 ou 7 pour voir si ça va, me file un tampon avec un espèce de mélange grappa – Arnica à appliquer sur la zone. Je repars en marchant et me dit que les 200 prochains km promettent d’être longs à ce train…

La petite ville de Hone est jolie. Une passerelle piétonne me conduit au pied de la vieille ville. Il doit être vers 22h, les ruelles sont calmes, j’entends le ruissellement d’une petite fontaine dans une cour, le lieu inspire à la petite soirée cool. Il me faudra pourtant me traîner jusqu’à Donnas par un cheminement piéton à proximité d’une grand route, puis en ville. Bof bof… et j’ai vraiment mal maintenant.

Arrivé dans la salle de sport, je retrouve Yvan emmitouflé dans une doudoune, visiblement en manque de sommeil. P’ti Yeti est là aussi. L’air de rien, à la cool. Il a fait son job, il entame maintenant son train train d’une section/jour où il va exploser les chronos mais en se reposant bien aux bases vie et en lisant. J’apprends qu’il est là en préparation de l’Himal Race dans 3 semaines. Renseignez-vous sur cette course et vous verrez de quoi il s’agit. En tout cas ça me fait bien marrer, respect. Renaud VanWetter est au pieu. Moi je prépare mon sac pour repartir (peut être), je fais charger le tél et je mange. Ici aussi, hyper présence et disponibilité des bénévoles qui sont d’une gentillesse absolue. On a envie de leur dire « Mais vous me gênez, il ne faut pas faire tout ça pour moi ». Je peux me faire masser donc je m’adresse au gars qui se tient à ma disposition quand je le voudrai. J’y vais pas convaincu mais je m’aperçois vite qu’il est aussi dévoué que les autres. Il appelle un second bénévole pour me tenir la jambe en l’air pendant qu’il me masse. Ce doit être une infection, je ne me suis pas douché depuis le départ. Peu importe, ils poignent dedans et me donnent ce qu’ils peuvent faire de mieux. Je suis aux petits soins pendant 20’ puis il me laisse dormir sur le relax pendant 20’ encore, les jambes en l’air. Douche puis dodo 3h pour laisser le corps faire les réparations nécessaires.

Je repars vers 4h, froid mais heureux de repartir. Je trouve Alone qui est arrivé à la base, il a l’air OK.

Renaud et P’ti Yeti sont toujours au lit. Comment voler des places quand on ne court pas vite ?! La douleur est tor13là mais on attaque par une jolie et solide montée sur route d’abord entre des vignes, puis par un chemin de calvaire jalonné de 3 chapelles pour un déniv de 650m. J’écoute les Black Keys. Le chemin passe en balcon, toujours dans les bois et c’est très agréable. Je sens que j’arrive à contenir la douleur. Le profil se met à descendre assez raide pour rejoindre le petit village de Perloz et j’aperçois devant moi les patchs réfléchissants d’un coureur que je rattrape. Il s’agit en fait d’une coureuse canadienne du team Salomon (http://challenge-by-choice.blogspot.com/ ). On fait la route ensemble jusqu’au point d’eau, puis attaquons la journée ensemble, le soleil se lève, jusqu’au ravito de Sassa (1700m + dans les pattes depuis Donnas) Chouette accueil et paf c’est reparti pour encore 800m vers le refuge Coda perché sur une crète. L’objectif temps de Jen est clair : arriver jeudi à Courmayeur pour pouvoir commencer à récupérer, prendre son avion pour Los Angeles vendredi et prendre le départ d’un raid aventure de 4 jours à Las Vegas dimanche matin. Cependant elle commence à poumonner sévère et à tousser de manière bruyante et bronco pneumonisante en s’excusant poliment… J’adapte le train.

L’ascension est très esthétique et l’accueil chaleureux là haut au refuge. Il y a du monde, la vue est magnifique. Deux couples sont en train de jouer aux cartes ; l’apéro sur la table. Descente très agréable, belle végétation, petits lacs. Yvan nous passe. Un paysan nous a dressé un ravito sauvage avec ses fromages, charcuteries, une bouteille de rouge et de blanc. On en profite c’est tellement touchant de voir ce gars nous proposer ce qu’il voulait donner de mieux. Puis c’est super bon. On poursuit jusqu’au lac Vargno pour un nouveau ravito dans un chalet. Je décide de faire un stop sieste, ça fait 6 ou 7h que je suis parti de Donnas et je sens que j’en ai besoin. Jen continue, moi je programme mon réveil à 25’. 5’ pour m’endormir et 20’ de sommeil. On m’emmène dans une mansarde en bois où quelques lits pliants sont dressés avec de vieux duvets. Un secouriste y dort. Je me couche et dans un premier temps il me faut calmer mon rythme cardiaque qui est un peu affolé.

Le lieu est pittoresque. Je dors malgré tout et je me réveille avant le bip. Il fait beau, je repars en saluant l’équipe de bénévole qui s’est attablée pour manger et me demande si j’ai assez dormi. La bonne blague.. Suis un peu à froid mais j’ai une frite pas possible. MP3 dans les oreilles j’attaque comme un veau de Fagnes. Deux italiens viennent d’arriver au ravito. Je récupère rapidement Jen avant le col Marmontana. Que fout cette caravane au pied du col ? Ce n’est pas une halu je viens de dormir…

On bascule pour un bout de descente bien raide bien technique avec une magnifique vue sur le fond de la vallée avec en point de mire Gressoney la base vie. Avant ça il faudra atteindre Niel, en passant par le magnifique col della Vecchia puis franchir un nouveau col avant de descendre à la base. 24 km donc comptez 7 ou 8h… Si vous avez l’occasion de parcourir un jour les Alta Via vous serez épatés par le travail que représente l’aménagement de ces sentiers. Ce col della Vecchia est terrassé comme une autoroute : des soubassements fait d’un empilement de pierres plates sur 1,2 ou 3m de hauteur permettent de cheminer dans cet univers minéral sur un chemin dallé très agréable à courir (en pente douce descendante en plus). Nous nous arrêtons àtor7 un point d’eau équipé de deux bulles bivouac de secours droppées là par hélico. C’est coloré et très joli dans le décor. Nous savions l’arrivée de Corinne Favre, la légende du trail français, imminente. Elle a eu des soucis en début de course et revient maintenant en convoitant la 3e place de Jen. On voit donc à un moment passer un train dans un grand « Swoooooosh »… C’était quand même un peu du bluff parceque Renaud nous rejoint et nous explique qu’il a couru un moment avec elle, elle prenait son temps aux ravitos. Là elle a complètement zappé le point d’eau pour fondre sur nous. Bon, on poursuit. Renaud nous laisse. Il est écoeurant de facilité dans la descente quand nous essayons de simplement ne pas trop souffrir un pas après l’autre.

La descente est longue et nous croyons ne jamais arriver à Niel, ravito. Si enfin. Tentative de sieste avortée, trop de speed on repart pour le col di Lazoney 850m+. On l’atteint à la tombée du jour par un magnifique coucher de soleil. On aperçoit au loin des frontales qui passent le col Marmontana… Courage les gars !

La descente se fait sur une pente douce dans de vastes plaines herbeuses et humides. Ca va prendre un certain temps à ce train il y a 1100m à descendre… Stop à Oberloo dans une bergerie. Une équipe a dressé une magnifique table de fromages et charcut, un berger nous propose son fromage de chèvres. Accueil de malade, on nous emmène au chaud dans ce qui est une sorte de cabane de chasse avec les trophées accrochés aux murs. La fin de la descente est longue et un poil technique.

Nous arrivons enfin à la base de Gressoney. Changer le sac, la douche et manger. On passe un moment avec Bruce un coureur canadien très sympa ( http://lonerunman.blogspot.com/ ). Une heure de sommeil autorisée …

… pour un hold up en règle. Combien de places gagnées au petit matin sur la pointe des pieds en quittant tor8Gressoney ? En tout cas une troisième féminine. On se caille, la portion que nous attaquons est un fond de vallée par des pistes et route, on se chauffe en marchant puis en trottant. Ca nous permet de manger du km. A San Sebastiano nous attaquons pour 600m+ vers un ravito puis le col Pinter à 2 800m, soit 1500m au total depuis Gressoney. On ne voit personne derrière nous, bien joué. Sauf que la fatigue est là et la descente est un peu fastidious pour arriver au refuge de Vieux Crest où on écrase une heure. Au réveil qui voilà Yvan ! Il s’arrête pour deux heures. Nous on repart, direction St Jacques par une belle piste qui passe sur un domaine skiable. Le soleil est là, on s’approche du Mont Rose enneigé et c’est magnifique. Une équipe vidéo et photographe nous attend et je crâne un peu (Vous voulez qu’on ralentisse un peu pour vous laisser prendre vos photos?). Descente sur ravito de St Jacques où Renaud nous rejoint. Au fond d’une vallée que fait-on ? Allez 1100m + pour le col Nannaz avec au passage le refuge Grand Tournalin. Cette ascencion était longue mais jolie dans un beau vallon. Nous gardon le contact … visuel avec Renaud qui a pris de l’avance, en mode promenade. Petite pause les jambes en l’air pour une hypothétique récup’. Le col des Fontaines nous permet de découvrir une magnifique vue sur le Cervin, je ne l’avais jamais vu d’aussi près. 1100m plus bas nous sommes à la base vie de Cretaz ou Valtournenche, 235.3km au compteur. On a passé les 230, ce qui signifie que les km restant ne sont plus qu’à deux chiffres. Il n’y a plus qu’à se laisser rouler vers l’arrivée… On se pose à la base. Corinne Favre arrive en 4e place. On trouve également P’ti Yeti, Yvan qui s’en va, je ne sais plus où est Renaud à ce moment. Jen voit un médecin parce que ça commence à l’inquiéter sévère. La bonne toux du fumeur de Gitane maïs, ou du tabac de Semois au Tabasco. Elle décide de lever le pied et de repartir avec Bruce, qui est équipé d’un inhalateur pour l’asthme, au cas où… Je dors 30’ puis go. Douleur douleur à froid. Une tendinite au releveur du pied gauche me fait souffrir depuis un moment. C’est le muscle en gros qui monte le long du tibia un peutor9 extérieur et qui est contracté pour relever la pointe du pied. Donc en gros souvent quand on court longtemps. Si la pompe est un peu serrée ça grippe et ça irrite. On peut sentir comme un câble qui frotte dans une gaine, c’est une douleur aigüe qui m’a déjà arrêté sur d’autres courses. J’essaie de la gérer mais c’est handicapant pour trotter et très douloureux quand on trébuche en accrochant la pointe du pied sur une racine ou une pierre en descente. Je reviendrai sur les descentes. Ascension vers un barrage puis looongues pistes à plat que je n’arrive pas à courir donc ça ne défile pas. Enfin on recommence à monter, je préfère. Refuge Grans Raye, ça fait du bien de voir du monde. La nuit va tomber et je fatigue. Yvan sort du refuge, il y a dormi un moment. On part ensemble pour la Fenêtre du Tsan à 2700m puis refuge Riboulaz. Il était temps parce que je suis naze. L’ambiance y est hyper chaleureuse. On y est accueilli comme des amis, on nous dresse la table, nous propose à boire. Je m’y laisse vivre un peu, parce que je ne me sens pas d’attaquer la suite tout de suite. Le prochain vrai ravito est à 19km. Il y a deux point d’eau entretemps mais aussi une succession de cols et de descente. La descente sur ce ravito est de 1400m. Il y en a pour des heures et il a commencé à pleuvoir. Je profite donc du lieu et essaie de somnoler sur la table, en laissant partir Yvan avec Corinne Favre dans un groupe de 4 ou 5 personnes.

Bruce et Jen arrivent et on décide de repartir ensemble. Je prends la tête de ce petit groupe dans une succession de petits cols et sentiers en balcon à certains endroits assez vertigineux. Une petite hésitation suite à l’absence de balisage vient pimenter ce moment de solitude en montagne sous la pluie. Nous faisons un stop au bivouac Rosaire – Clermont où on me bande la cheville. Dodo 1/2h puis c’est reparti pour une descente d’un petit 10km pour -1 600m et là, il faut que j’explique ce que ça peut être une descente pareille. Pour ce qui me tor10concerne, c’est le plus dur sur ce genre de course : une longue descente technique de nuit, fatigué. La concentration n’est pas au top, l’agilité non plus.

On économise les mouvements par de petites foulées rasantes et on s’aide des bâtons pour freiner le corps. Les quadris sont douloureux, les pieds sont meurtris par les km précédent, les orteils vont buter à l’avant de la chaussure à chaque pas. Et chaque pas est différent. Ornières, racines, pierres instables, glissantes avec la pluie, pente raide, … à chaque pas le pied se pose puis glisse, déverse vers l’intérieur ou l’extérieur, bascule en avant. Il se prend dans une pierre qui traînait choquant les orteils, le corps se cambre pour rétablir son équilibre, ramène le pied en retard qui va se poser plus loin pour reprendre appui, là où il peut et brutalement. Ca n’en finit pas, on n’a qu’une envie c’est de se poser au bord du chemin et dormir. Pourtant il fait froid et il faudra bien arriver en bas. A ce jeu, nous arrivons finalement au ravito de Closé, km 270. Après un court ravitaillement on s’écroule dans l’infirmerie sur des lits de camp. Je me couche devant un gars couvert d’une couverture des pieds à la tête. Mortuaire… mais ça ne m’empêche pas de dormir 2h. Au réveil je découvre que c’est Yvan ! Et vivant, c’est une bonne nouvelle. Il reste au lit. Bruce est déjà parti, Jen est au lit et attend une navette retour pour Courmayeur. C’est son premier DNF (Did Not Finished) et ça a l’air de la travailler. Pour ma part on est jeudi matin et je décide que ce sera ma dernière journée. La météo s’est rétablie et ça me regonfle. Je n’avais pas envie de repartir sous la pluie. Je me fais soigner la cheville et une ampoule au talon droit, super attentions et soins de la part des bénévoles de nouveau.

Je les salue, je mange et m’apprête à repartir. Un italien d’un bon 55 ans dont j’avais vu la cheville à l’infirmerie dans un sale état me propose sa boisson de course : mélange vin rouge et thé. C’est bon mais je vais m’abstenir… Ce gars sera régulier jusqu’à la fin de la course. Il m’a épaté. tor11

Col Brison dans lequel je rattrape Renaud qui avait passé le ravito. Il souffre du genou. La montée se fait bien et nous arrivons ensemble au col. Nous apercevons le Mont Blanc dans un champignon de nuage, deux ou trois vallées et massif nous séparent encore de ce qui signifie la fin du périple. La descente est jolie, raide au départ en lacet puis par des pistes. J’ai pris cette descente plus tard en photo du versant d’en face et je mettrai le tracé du chemin en évidence. On peut se rendre compte du déniv. Nous arrivons à un point d’eau où l’on retrouve Corinne Favre. Elle me confie qu’elle pense ne jamais avoir fait une course aussi dure, et qu’elle va terminer en mode trekking. Je ne traîne pas et je les laisse avec les bénévoles. Je continue mon chemin vers Ollomont dernière base vie quand j’entends des hurlements réguliers derrière moi au travers de mes écouteurs. C’est Renaud qui lâche tout en descente et finit de se flinguer le genou. Impressionnant… La maman d’Isa nous attend en bas et nous mène à la base vie. Top accueil, les meilleures pâtes des bases vie, changer le sac, laver les pieds, se badigeonner de crème antifrottement, refaire une boisson, … Et prêt pour la dernière étape. Yvan est arrivé, je repars peu avant lui. Renaud dort. Bruce que nous avons vu en arrivant est reparti. Il est vers 13h jeudi.

 

Il reste 45km avec 3 500m de déniv en deux cols puis une longue descente vers Courmayeur.. C’est pas grand-chose et j’aborde cette dernière section comme un trail à lui tout seul. Je me plante le MP3 dans les oreilles et c’est parti pour le col de Champillion, 1300m +. J’ai la frite, la musique m’éclate et j’en pleure tellement c’est bon d’être là et de pouvoir vivre ça. Un ou deux coups de fil… et je loupe un embranchement, je m’en rends compte après 200 ou 300m de déniv. Mierda, ça valait le coup de bourrer. J’y laisse une demi heure au moins. Je reprends mes esprits, passe le col à une bonne moyenne puis descend vers St Rhemy ND. Cette portion est lassante mais elle fait du km et nous rapproche du dernier col : Malatra à 2 900m. Arrivé à St Rhemy je veux dormir 20’ pour aborder la nuit en forme. Sauf que c’est un ravito à l’extérieur et qu’il n’y a rien pour dormir… sauf l’ambulance des secours. L’affaire est entendue je me couche dans la civière pour 20’. C’est hyper confort et chaud, je dors comme un roi. Au réveil je reste couché et teste les jambes. C’est froid, raide, et j’ai l’impression d’avoir la cheville gauche dans un étau. Je me lève pourtant et repars cool en marchant, le temps que ça chauffe. Je reprends Yvan qui était passé. On approche ensemble du col par la route.

Le temps se met à la pluviote, les sommets sont chargés. Si le brouillard s’installe et que le balisage est bof, ça va être funky. Un coup de fil à PdM me rassure, l’accès au col n’est pas compliqué. Je bourre donc, et loupe une bifurcation que Yvan me signale au loin. Merci mon gars. On aperçoit un point d’eau intermédiaire éclairé dans la nuit qui est maintenant tombée. Il reste 1000 m de dénivelé pour ce denier col, une sorte de Stairway to Heaven.

Je me sens bien, les jambe suivent. Je passe la partie finale du col à 970m/h en dépassant deux gars qui se demandent d’où je sors et si je suis en train de m’entraîner. Je trouve en haut de la neige et des mains courantes, c’est un peu aérien. Je bascule et l’un des gars essaie de me reprendre. Ca ne lui a visiblement pas plu. J’envoie à 13-14km/h jusqu’à Bonatti où il décroche finalement. Je retrouve Bruce et on fait le ravito ensemble. Ce refuge est connu de nombreux trailers puisque c’est un point de passage de l’UTMB et de la Petite Trotte à Léon. C’est un endroit chaleureux, l’accueil y est parfait. Des randonneurs qui y passent la nuit nous font la fête. Je m’extrais pourtant dans le froid et enchaîne pour rejoindre Bertone. Ce chemin en balcon est très long. Il emmène le long de la vallée jusqu’au dessus de Courmayeur. Je cours et trotte à un bon rythme, la fin est proche. On passe au dessus de la sortie du tunnel du Mont Blanc. Refuge pour dernier pointage, et dernière descente horrible. C’est trop, je m’arrête tous les 10m, le sommeil revient. J’arrive enfin dans Courmayeur. Les quelques courageux à attendre sur la ligne d’arrivée sous la pluie me font leur meilleur accueil. Ce n’est pas l’arrivée triomphale de l’UTMB à Chamonix mais c’est aussi beaucoup plus personnel. Les bénévoles et organisateurs m’emmènent à l’intérieur pour me restaurer. Je m’assois et rapidement Bruce puis Yvan arrivent. On discute, on boit une bière. La boucle est bouclée, l’aventure est terminée et on se sent déjà un peu mélancolique… Quelques coups de fil à la famille, sms d’encouragement et de soutien à Mike qui est toujours en piste avec plusieurs autres célestes. Courageux les gars, chapeau bas parce que je ne voudrais plus y être là sur le moment. Une bénévole nous emmène dans sa voiture perso vers les douches. Je me change et m’écroule dans mon van, initiant un long retour sur terre et d’aussi longues rêveries … La journée du lendemain se passe à ranger le matos et pister les copains toujours en course. Renaud est arrivé pendant la nuit, Mike arrivera le vendredi soir. Il a souffert des quadris pendant trois jours et s’est montrer vachement courageux pour boucler. Je n’aurai pas l’occasion d’accueillir le reste de la troupe, la route m’appelant… Le soutien que vous nous apportez est formidable. Les suivis live apportent une dimension participative à ces courses, tous vos sms atteignent leur cible et sont autant de petits coups de pieds au cul. On ne court plus tout seul. « Tiens un tel m’encourage, une telle sait où j’en suis, tel autre que j’estime prend le temps de m’écrire ». Quand on scanne son bracelet aux contrôles, on ne le fait pas pour soi. On le fait pour vous, pour apporter un peu d’excitations sur les forums, on le fait pour allumer une petite diode sur la carte.

Merci donc à tous, et merci à Valérie qui s’occupe si bien de super Mathys quand son papa se perd dans les montagnes (et d’autres fois aussi).

 

Je vous dédie :

  • mes deux tendinites
  • mes ampoules
  • mon ongle du gros orteil gauche qui va bientôt se barrer
  • diverses irritations dues au frottement du sac, du short, …
  • les aphtes et irritations de la langue
  • la poussée de boutons et boutons de fièvres !!

Je retiendrai de cette course :

  • la démesure. Ce nest pas un simple empilement de km sur du boulevard, cest vraiment dur
  • la beauté du parcours et des lieux traversés
  • l’accueil formidable et la qualité de cette première organisation. Pour ceux qui hésiteraient
  • pour 2011, sachez que tout est mis en oeuvre pour que vous arriviez au bout.
  • la qualité des produits locaux

Enfin, je retiendrai que les limites sont un peu plus loin…

 

Les photos sont ici :

http://www.facebook.com/album.php?aid=215585&id=774078546&l=409cfff030

 

Ma playlist :

  • ARCADE FIRE : the Suburbs
  • The BLACK KEYS : Attack and Release
  • LCD SOUNDSYSTEM : This Is Happening
  • Un long DJ set de Jennifer Cardini
  • Un DJ set de Justin Long

Bise à tous.

Sapin

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Published by Cédric - dans courses
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commentaires

serge 03/10/2010 20:45


excellent CR ! et bravo pour la course